Le Ciel bleu n’est pas photogénique d’Astrid DE LAAGE (extrait)

Hier encore, ne l’avait-elle pas accompagné à l’hôpital de Mahon parce qu’il se sentait fiévreux en revenant du marché ? Il y avait deux jeunes, assis dans la salle d’attente, avec une couverture de survie sur les épaules. Elle se demandait pourquoi ils étaient là. Peut-être avaient-ils fait du bateau, peut-être avaient-ils chaviré ? Leurs vêtements étaient mouillés. La jeune fille avait des cernes noirs, son maquillage avait coulé, elle était pâle avec un vague air gothique. Il avait les cheveux aussi longs qu’elle et une bouche très belle. Pendant ce temps, Bernard tournait autour de la table des magazines. Il se rasseyait, en prenait un au hasard, l’ouvrait puis le reposait avec fébrilité. Il lui avait demandé si elle avait apporté sa carte européenne de santé. Jusqu’à quand devrait-elle s’occuper de lui, comme une mère avec son enfant ? Pourquoi le protégez-vous ? aurait demandé le docteur Nicols, elle en mettait sa main au feu. Évidemment, elle l’avait sa carte. Elle s’occupait de tout et Bernard le savait. Il comptait sur elle pour ces choses de la vie si dérisoires et prosaïques. Une voix avait appelé en espagnol par le haut-parleur et les jeunes s’étaient levés dans un bruit de feuilles froissées. Elle les avait regardés s’éloigner, collés l’un à l’autre comme deux siamois. Était-ce de l’amour, de l’attachement ? Oui la nuit, quand elle regardait Bernard dormir, elle savait qu’elle ne pourrait jamais le quitter.

par Julia

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