Du vin sur les lèvres de Sonia DRON

À la tombée de la nuit, ivre mort, Vincent était rentré sous une pluie battante dans son petit deux-pièces, aidé par son voisin de palier, Andrew Deswarte. Le lendemain, le réveil avait été assez difficile. Il avait dû se concentrer pour remettre ses idées en place. Plus de poste, plus de salaire, plus de raison de rester dans ce pays. Une évidence s’était imposée à lui. Vu qu’il n’allait plus avoir les moyens de se payer le luxe de continuer à vivre dans un des quartiers les plus huppés de Londres, autant rentrer en France. Il avait dû dans un premier temps prévenir sa famille de son retour, ensuite il s’était mis à la recherche d’un logement et d’un travail. Les jours suivants son licenciement, il avait passé ses journées au téléphone avec sa mère ou sur Internet pour organiser son retour à Paris. C’était en cherchant des documents dans les boîtes à chaussures qui lui servaient de rangement que Vincent avait retrouvé le journal intime de Rose, sa grand-mère. Sa mère Betty le lui avait donné la veille de son départ pour Londres. Il ne s’était jamais attardé dessus jusqu’à ce jour. Assis sur le sol, au pied de son lit, vêtu uniquement d’un bas de pyjama et une tasse de café fumante dans la main, il avait ouvert la première page du cahier en cuir rouge : Rose Clark’s diary – 1959.

Il avait lu d’une traite l’histoire de cette femme qu’il n’avait jamais vue et qui pourtant ne lui était pas inconnue. Certes, il connaissait une partie de la vie de sa grand-mère au travers de celle de Betty, mais pas sous cet angle. C’est au lendemain de cette découverte qu’il avait eu l’idée de romancer son journal intime. Il ne le savait pas encore, mais Vincent Spinozi allait bientôt laisser place à Léonard Deswarte.

par Sophie

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