DIAPORAMA Les libraires ont la parole...
Antoine Michon

Antoine Michon possède la Librairie Antoine, focus sur son activité.

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Depuis quand êtes-vous libraire ?
J’ai repris la librairie il y a 3 ans, à Versailles dans les Yvelines.

Combien de livres gérez-vous et combien de références avez-vous en stock ?
Cette librairie est indépendante, elle satisfait donc aux obligations de nombre de livres par catégorie et grosso modo nous sommes passés de 6000 à 8000 références de livres.

Quelle place donnez-vous aux petits éditeurs chez vous ?
Ce n’est pas la place mais la qualité et surtout ce que nous, lecteurs de la librairie, allons sélectionner chaque semaine pour satisfaire ou éclairer nos lecteurs. Les Editions Abordables : maison d’édition jeune et abordable, comme son nom l’indique, nous plait à plus d’un titre, puisque ses publications peuvent rencontrer un lectorat appréciant tout aussi bien les romans que l’histoire ou même des recueils pour l’enfance et la jeunesse.

Comment jugez-vous votre relation avec les Editions Abordables aujourd’hui ?
Il s’agit d’une relation bâtie graduellement lors d’une rencontre le 16 octobre 2015 à l’occasion de la réédition de Marie-Antoinette de Pierre de Nolhac. Bruno Ochin, le fondateur, et moi-même avons mis en place un petit événement en lien avec la Bibliothèque Centrale de Versailles et une descendante de Pierre de Nolhac. Je voulais organiser une littérature comparée avec un ouvrage de Stefan Zweig sur Marie-Antoinette. J’ai vu que je pouvais compter sur cette maison et ses animateurs pour construire une offre qui est maintenant centrée sur un kiosque : le Kiosque LEA à sa place dans la librairie et il permet de voir figurer des premiers romans de nos personnalités versaillaises comme l’animatrice de nos ateliers d’écriture, comme une personne migrante de Madagascar et d’Inde à Versailles, comme un écrivain sur le passé biographique d’une aviatrice et un grand professeur du conservatoire de musique.

Comment jugez-vous actuellement le milieu de l’édition entre les grands et les petits éditeurs ? Ne pensez-vous pas que les grands monopolisent la communication et que forcément les lecteurs n’achètent que des livres dont ils ont entendu parler via les médias ?
Que ce soit les maisons d’édition, ou nous libraires, nous avons du ménage à faire dans nos offres. On n’est pas vendeurs de livre, mais avant tout « accueillants de lecteurs et d’auteurs », on les fait se rencontrer, on propose des lieux un peu plus différenciant que des grosses machines numériques comme Amazon ou la grande distribution en général. Nous réfléchissons à comment nous améliorer et ce n’est pas la petite taille qui fera le bonheur ni la grande taille qui assurera le volume du chiffre d’affaires. Par exemple un livre qui n’avait pas besoin de publicité comme celui d’Elena Ferrante a été trop mis en avant par Gallimard et Folio, ils l’ont un peu tué car le lectorat n’avait pas besoin de le voir afficher en 4 x 4 dans les stations de métro ou les gares. A l’inverse de temps à autre une plus petite maison d’édition devrait participer à des événements pour se faire connaître comme LEA l’a fait avec le Salon du Livre de Paris !

Puisqu’on en parle, que pensez-vous du salon du livre de Paris ?
Vous ne m’avez pas trouvé cette année au Salon mais je pense que les professionnels ont tout intérêt à cette occasion de regarder ce qui se fait et de voir que les succès des uns sont éphémères. Par exemple en ce qui concerne Gallimard, il est intéressant de voir leurs efforts vis-à-vis d’autres catégories de littérature comme la littérature étrangère ou un autre style littéraire par exemple : la correspondance. Je m’attache d’ailleurs aujourd’hui à rassembler des ouvrages autour de la correspondance. Je sais que les Éditons Abordables ont édité un ouvrage qui recueille les chroniques du blog d’un médecin urgentiste décédé Journal d’un toubib. En effet pour moi le blog est une forme de correspondance. A l’occasion du Salon du Livre il est intéressant de voir les nouvelles parutions également.

Pouvez-vous nous parler des soirées que vous organisez dans votre librairie ?
Pour recréer de la proximité et créer du flux, avec ma femme Nathalie, libraire et chef pâtissière Ferrandi, nous avons imaginé croiser nos deux activités. Lors de nos soirées nous choisissons un thème qui va susciter une bibliographie, nous invitons éventuellement un auteur (de LEA par exemple) ou deux et pendant une heure nous allons disserter. C’est agréable pour les invités car c’est court, les lecteurs n’auront pas à attendre 3 heures pour une éventuelle dédicace. Cette rencontre sera clôturée et réhaussée par un partage de douceurs, car le livre est un moyen de partager et converser avec son conjoint, ses parents sur un thème. Ce sont des soirées mensuelles et la prochaine traitera du thème « Soumission, librement consentie ? » oxymore avec une bibliographie qui passera par un éclairage un peu philosophique et psychologique.
Ces réunions se voulaient gratuites mais nous avions beaucoup de mal à en déterminer le nombre de participant. Depuis un an et demi elles sont payantes (10 €) et sur réservation. A chaque soirée environ 25 personnes viennent partager pâtisseries et discussions sur les livres. Les lecteurs sont tous différents selon les thématiques. Afin de casser la monotonie dans les cycles entre rentrée littéraire et préparation de l’été, tous les mois il y en a pour tout le monde : petits lecteurs, grands lecteurs, amateurs de philosophie, de roman, d’essais…

Combien de livres lisez-vous et quel est votre dernier coup de cœur ?
Le comité de lecture de la librairie est composé de quatre personnes dont moi-même. Deux hommes et deux femmes : mon épouse Nathalie, Annette, responsable de la Bibliothèque pour tous dans les Yvelines et Vincent Giraud, un jeune professionnel, juré pour Le Livre de Poche. Nathalie lit environ 4 livres par semaine, Annette est à peu près à 3 ou 4 livres aussi, et Vincent Giraud et moi-même sommes à deux livres par semaine. Je suis le seul à lire les essais, car c’est très rapide et c’est important d’en suivre l’actualité.
Dernièrement Nathalie a eu un coup de cœur pour Absolute Darling de Gabriel Tallent, auteur américain. C’est elle qui nous l’a fait découvrir et on était très fiers de voir qu’il était dans la revue littéraire America.

Avez-vous déjà écrit un livre ? Aimeriez-vous le faire ?
Oui j’ai écrit un essai en économie il y a dix ans, publié par Maxima-Du Mesnil, mais ce sera le premier et le dernier car cela m’a beaucoup mobilisé, j’ai fait un peu de radio et de télévision et j’avais eu la prudence de prendre un co-auteur qui m’avait briefé en communication. 2 100 exemplaires ont été vendu en quatre ans. Mais je serai bien incapable d’avoir assez d’imagination pour écrire un roman.

Comment voyez-vous l’avenir du livre en France ?
Le livre sera toujours le livre, c’est pour cela que je suis devenu libraire, mais je suis très pessimiste en ce qui concerne les manquements à tenir compte des grands bouleversements numériques que nous avons tous eu à vivre. Mais il y a forcément à se regrouper, les libraires indépendants, les maisons d’édition indépendantes, et à peser de tous notre poids avec les outils modernes tout en gardant notre spécificité, notre proximité avec les auteurs, avec les lecteurs car c’est cela qui est apprécié. Continuons à multiplier les occasions de rencontres. Avec un peu de bon sens nous pourrons transformer l’essai car il y a plus de lecteurs dans notre pays, il y a plus de choix, et nous avons un formidable gisement d’auteurs pour un si petit pays. Pessimisme mais volonté d’aboutir.

Malgré votre pessimisme que pouvons-nous vous souhaiter ?
C’était la phrase d’Alain : « Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. » Il ne faut pas être angélique et espérer des choses qui ne sont pas prévues. Mais nous pouvons espérer de belles rencontres en venant à la librairie Antoine ! Notre librairie située au 16, rue du Général Leclerc à Versailles donne sur une très belle cours fin XIXème, fleurie, avec une grande vitrine qui nous permet de communiquer nos choix, nos envies, nos joies, avec les livres.
En ce qui concerne les soirées il est conseillé de s’y inscrire deux à trois semaines à l’avance.
Et enfin n’hésitez pas à envoyer de bonnes ondes notamment sur Facebook, sur les derniers ouvrages que vous avez appréciés car souvent nous relayons des ouvrages que nous proposent des lecteurs et des auteurs !

Librairie Antoine

par Léa
Personnage emblématique des éditions, je donne l'actualité de la maison !

commentaires

  • Oui l optimisme est de volonté et la vôtre est remarquable qui sait accueillir tous les talents hors du facile prêt- à-vendre...
    Bravo !

    rédigé le 29 avril à 17:50 par Payeux Edith

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