Les auteurs ont la parole... Philippe Leclercq

Pour la sortie de son ouvrage La Cabane, nous avons eu l’honneur d’interviewer l’auteur Philippe Leclerq.

La Cabane
Philippe Leclercq

Julien et Bérénice se donnent rendez-vous chaque mardi midi dans un lieu étrange, le Dôme.

Là, dans la chambre douze qu’ils baptisent La Cabane, le jeune homme et la prostituée s’aiment en secret.

Un amour contraint et douloureux, limité à deux heures de bonheur chaque semaine.

Jusqu’au jour où l’énigmatique Bérénice déclare à son compagnon tourmenté que leur amour va pouvoir devenir réalité, affranchie et éternelle.

Bonjour Philippe !

Pouvez-vous vous présenter et nous dire comment vous en êtes venu à l’écriture ?

J’ai 46 ans, avec un parcours classique dans l’assurance, univers relativement terne et donc propice à l’imagination. Sans doute cet environnement très normé a amplifié en moi un sentiment de frustration et conséquemment mon désir d’écriture, forgé dans l’observation des travers de mes contemporains et dans l’introspection. Le vrai point de départ est peut-être aussi celui, très classique, des déceptions amoureuses... Mais, au fond, j’ai toujours eu « la plume qui me chatouillait ». Mon père, qui était ingénieur, donc pragmatique, était très étonné (et admiratif) de voir que dès ma sortie de l’adolescence, je cédais au plaisir d’écrire des poèmes. A 18 ans, j’ai commencé à en faire un petit nombre dont l’un d’eux, « Madame ! », a d’ailleurs été repris dans mon premier roman.
Mais la vie nous happe et pendant plus de 20 ans j’ai oublié l’écriture, la fiction et l’évasion, au profit des usages de la vie professionnelle. Il m’a fallu une sortie de route, puisque j’ai quitté mon entreprise fin 2014, pour que je retrouve le chemin de l’écriture, la vraie, celle qui fait rêver. J’ai profité du temps qui m’était donné pour me mettre à écrire mon premier ouvrage : L’Inconnue sur le banc.

Pouvez-vous nous dire comment vous écrivez et combien de temps a nécessité l’écriture de vos deux premiers romans ?

Dès que je peux trouver du temps, c’est là le point clef, quitte à ce qu’il y ait des pauses quand l’inspiration me quitte. J’écris le matin dans le métro. Beaucoup de gens sont surpris d’apprendre que j’écris facilement sur un smartphone, le temps des 15 stations qui me séparent du travail. J’y arrive très bien le matin : je suis plutôt riche, il faut croire, du fait de la proximité de la nuit, ce qui fait que j’ai beaucoup de choses qui jaillissent en moi. Je me nourris aussi beaucoup de mon observation des gens autour de moi. Je reprends le soir et le week-end. J’alterne des phases de répit et de bouillonnement. J’organise, je prévois, j’élabore. Puis je laisse les choses se faire. Il faut laisser le hasard jouer un rôle. Il faut céder aux murmures de ses personnages... Grosso modo pour chacun de mes deux romans, il m’a fallu un an ; peut-être moins pour L’Inconnue sur le banc, ayant eu du temps pour moi, j’ai mis 4 mois pour le premier jet alors que pour La Cabane il m’a fallu plus de temps. J’écris avec une construction, il y a des moments d’arrêt quand on sèche un peu, puis des moments d’accélération, quand on est dans une phase du récit qui motive, qui est étonnante.

Comment vous est venu l’idée de L’Inconnue sur le banc ? La Cabane ?

L’Inconnue sur le banc est née d’une idée que j’avais en tête depuis plusieurs années : c’était d’écrire un roman en Bretagne, dans le Finistère, là où se trouve la maison familiale. Depuis très longtemps j’avais envie d’un roman, je pensais tout d’abord à un polar, ou en repensant à l’univers de Maupassant, à l’étrangeté du Horla, à quelque chose qui serait surnaturel. Et je pensais à des idées de fantômes, d’un petit village recroquevillé sur lui-même avec des personnages un peu obscurs et puis, très vite, m’est venue l’idée d’une rencontre entre deux personnes, de zoomer sur ce que cela donnerait. Peut-être y-avait-il une extrapolation de ce que j’avais envie de faire à ce moment-là, c’est-à-dire d’être seul ? Mais, si on est seul, on a envie d’une rencontre. C’est tentant, une rencontre dans un endroit perdu. Puis j’ai eu envie de faire souffrir mon personnage principal. Le point de départ est qu’il recherche la sagesse et que je fais tout pour qu’il ne la trouve pas. J’y ai pris un malin plaisir, j’ai aimé que ce personnage, en quête de sérénité, ne la trouve pas. Comme un plaisir personnel de tortiller un bonhomme en quête de sagesse.
Pour La Cabane, j’avais envie, après avoir pris un personnage quinquagénaire, de prendre un petit jeunot, quelqu’un qui quelque part est un peu sûr de lui, arrogant, assez beau, un cœur sec, et de lui faire avoir une histoire d’amour difficile avec une prostituée, de me jouer de lui, en somme. Avec une dose de fantastique qui interpelle pas mal de celles et ceux qui ont lu ce roman.

Dans les deux premiers livres, vos personnages principaux sont masculins. Y-a-t-il eu un peu de vous dans ces personnages-là ? Ou avez-vous eu envie de vivre ce qu’ils ont vécu ?

Il y a forcément un peu, voire beaucoup de moi. Beaucoup de personnes qui me connaissent et qui m’ont lu, n’ont pas été étonnées de certaines allusions aux escarpins, aux langoustines ou au rosé, par exemple. Une fois qu’on a dit cela, il y a plus du fantasme que du réalisé, les gens me voient plus déjanté que je ne le suis. J’ai une vie assez stable, même si je m’autorise quelques excès occasionnellement. Mais effectivement je me suis fait plaisir avec quelques scènes, j’ai pris plaisir et je me suis laissé emporter par la fiction.
Je pense que si l’auteur prend plaisir, le lecteur prendra plaisir également. Ce que j’apprécie particulièrement de ce que je reçois de mes lecteurs, c’est qu’ils ont pris plaisir, qu’ils ont été transportés, qu’ils ont ressenti les choses.

Justement, quels sont les retours de vos lecteurs plus précisément ?

Il y a un point commun que je retrouve pour les deux romans : les lecteurs s’accordent à dire que la lecture est facile, rapide, qu’ils se sont évadés. On a tous tant de soucis dans la vie actuelle que rien ne pouvait me faire plus plaisir.
On m’a dit aussi que j’étais très « sensuel », qu’à la lecture de mes romans, on sentait l’odeur des fougères, les effluves du vin, le désir à l’évocation de la dentelle disséminée sur le sol. On entend la voix suave de Bruce Springsteen, on veut piocher une langoustine, embrasser une peau ambrée ou s’assoupir dans une chevelure abondante. C’est vraiment un plaisir d’écrire de façon sensuelle pour un public qui a une lecture sensuelle.

Quelle est votre actualité ? Avez-vous un autre livre en cours ? Et quand sort votre troisième livre ?

Evidemment, l’enthousiasme est une bonne essence pour le moteur que j’ai, et le plaisir d’avoir deux romans publiés chez LEA m’a donné envie de continuer. C’est un travail de marathonien, je pense que je fais partie des personnes très actives et j’ai confiance en cette énergie. Je prends plaisir à écrire et, en toute honnêteté, j’aime avoir les avis de ceux qui me lisent. Avoir un public et commencer à me faire connaître est un vrai but, et cela m’a mobilisé pour aller au-delà de La Cabane, pour travailler sur mon troisième projet sur lequel j’ai été mobilisé depuis plus d’un an, en cherchant continuellement à m’améliorer dans mon style, à tirer des leçons. Je crois que c’est le premier point : je veux progresser. Et je voulais être fidèle aussi à ce qui fait ma marque de fabrique : la sensualité, certes, mais aussi, prendre la morale à rebrousse-poil. Le troisième a aussi un point commun avec les deux premiers, c’est que je ne cherche pas des personnages qui vont faire l’unanimité ou être dans le politiquement correct. Donc je suis très heureux de dire qu’avec LEA on est sur la perspective du lancement de mon troisième livre, en toute liberté. Je dirai même, de « l’envol » du troisième, puisqu’il s’agira d’un « oiseau de nuit », un oiseau de nuit pas piqué des hannetons, un type qui a un regard et une expérience qui pourront peut-être faire crier les bonnes âmes mais générer quelques petits picotements de plaisir chez les personnes qui comprennent la réalité sous un autre angle. On s’oriente donc vers la sortie de ce troisième ouvrage qui clôturera un cycle de l’homme tourmenté en lien avec les femmes et ses désirs, début septembre.

Est-ce que votre entourage vous sert à la création des personnages ?

Oui, mais très partiellement. Pour L’Inconnue sur le banc j’ai choisi un lieu qui, forcément, m’est proche mais c’est le paysage qui est la source d’inspiration plus que les personnages. Même si j’ai effectivement pensé à quelques personnes pour l’écrire, qu’il est amusant d’imaginer qu’elles ne soupçonnent pas qu’elles ont alimenté des personnages, Jeanne ou Mathilde par exemple. Pour La Cabane, je n’ai pas pensé à un personnage spécifique mais ceux qui m’ont lu savent que cela parle d’un jeune dans l’assurance, donc venant d’un secteur où je sais ce qu’il se passe, dans les salles d’archives par exemple (pure spéculation), ou ce que l’on souhaite qu’il s’y passe. Et puis le troisième... je n’en dirai pas plus mais, effectivement, j’ai une source d’inspiration plus précise, et secrète, surtout quand on voit ce que je fais faire à ce personnage !

Comment jugez-vous votre relation avec votre éditeur chez LEA ? Et le fait d’être un de ses ambassadeurs ?

C’est une relation particulière dans mon histoire personnelle, parce que la rencontre avec Bruno Ochin s’est faite au début de l’aventure de LEA. Je commence à faire partie des anciens et, dans la mesure où j’étais disponible et sans emploi, j’ai eu en plus le privilège de partager beaucoup d’informations sur la construction de LEA, donc j’ai l’impression d’être à la fois un auteur et quelqu’un qui partage des éléments liés au déploiement de la stratégie de LEA, et c’est important. Ensuite je dirai que c’est une relation de confiance et amicale, avec lui et toute son équipe d’ailleurs, mais surtout avec Bruno qui apparait comme le général en chef de l’histoire. Mais moi, dans la vie, il y a un mot que j’aime bien, c’est : « cohérence ». Et je me retrouve dans cette démarche car je suis sincère et authentique dans mes livres, comme pourront le témoigner ceux qui me connaissent et je trouve avec LEA la même approche et me sens gâté par ce traitement de faveur et je me dis que, quelque part, je ne l’ai peut-être pas volé... c’est un vrai bonheur. Je remercie à chaque fin de roman Les Editions Abordables. Ce sont de beaux livres, une communauté d’auteurs talentueux. Il y a un souhait de progression et j’y suis sensible car je parlais de mes progressions mais mon éditeur aussi veut progresser et c’est l’essentiel : être humble et persévérant.

La Cabane
Philippe Leclercq

Julien et Bérénice se donnent rendez-vous chaque mardi midi dans un lieu étrange, le Dôme.

Là, dans la chambre douze qu’ils baptisent La Cabane, le jeune homme et la prostituée s’aiment en secret.

Un amour contraint et douloureux, limité à deux heures de bonheur chaque semaine.

Jusqu’au jour où l’énigmatique Bérénice déclare à son compagnon tourmenté que leur amour va pouvoir devenir réalité, affranchie et éternelle.

par Julia

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