DIAPORAMA Les auteurs ont la parole...
Christian HUITOREL

Metteur en scène et comédien, Christian Huitorel nous confie dans sa dandinnerie les joies de la mise en scène d’une pièce comme George Dandin de Molière.

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Bonjour,

Tout d’abord merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

Pour qui et pourquoi avoir écrit ce livre sur la dandinnerie ?

J’ai écrit ce livre pour tout le monde. Il ne s’adresse pas spécialement qu’aux amoureux du théâtre, théâtre, mais aussi à des à des jeunes lycéens par exemple qui souhaiteraient savoir comment se passe le montage d’une pièce, à des personnes qui ne connaissent pas la culture théâtrale, comme si moi je lisais un livre sur la culture du géranium que je ne connais absolument pas.
L’idée était d’intéresser les gens avec quelque chose qu’ils ne connaissent pas forcément et de leur montrer les coulisses du théâtre. Ce n’est pas un livre d’un spécialiste pour des spécialistes. Mon souhait, mon espoir, c’est de rencontrer un public le plus large possible car j’ai essayé d’écrire pour que cela se lise comme une histoire.

Comment avez-vous écrit et combien de temps avez-vous mis pour écrire ce livre ?

J’ai mis six mois. En l’ayant toujours à l’esprit, en travaillant à peu près quatre heures par jour du point de vue de l’écriture. Avec des journées où ça va tout seul et on écrit trois pages et d’autres plus compliquées où on est content d’avoir fait dix lignes qui tiennent la route. Cela dépend de l’état d’esprit dans lequel on est. En gros, avec d’autres activités à coté, j’ai commencé à écrire au tout début de l’année 2017 jusqu’en juin, sans compter le travail avec l’éditeur.

Quels sont les retours que vous avez du livre ? Que ce soit des comédiens qui ont joué avec vous ou du public ?

Je ne vais pas être modeste, j’ai des retours excellents. Les lecteurs disent que c’est touchant, émouvant, qu’ils apprennent des choses ; que j’ai tapé juste quand il s’agit des comédiens de l’équipe, dont je dis énormément de bien mais que j’égratigne aussi un peu par moments car ce n’est pas un livre politiquement correct du tout. C’est un livre qui dit les choses telles qu’elles se passent.
Je n’ai eu pour l’instant que des retours enthousiastes. J’attends le retour qui va faire vaciller tout cela et il y aura sûrement des gens qui auront des choses à dire…

Quelles relations entretenez-vous avec Francis Huster, qui a rédigé votre préface ?

C’est tout simple, j’ai fait la connaissance de Francis lorsque j’étais comédien chez Jean-Louis Barrault qui terminait sa carrière. Il était question que Francis Huster prenne sa relève au Théâtre du Rond-Point, à Paris, mais cela ne s’est pas fait. Néanmoins Francis a monté des pièces dans la foulée et a choisi cinq ou six comédiens de la compagnie pour l’accompagner, dont moi. C’est comme cela que je me suis retrouvé à jouer dans Richard III avec Francis Huster, puis à travailler sur le montage de Lorenzaccio  : Francis m’avait demandé d’être sa doublure (comme il faisait la mise en scène et qu’il jouait Lorenzo qui est un rôle énorme) et il se trouve que malgré qu’on n’ait pas continué à jouer ensemble, on est restés ami. Quand j’ai écrit La dandinnerie j’ai pensé à lui pour la préface et je lui ai tout simplement envoyé un texto. Trois semaines plus tard il m’a fait parvenir la préface, ce qui est très sympa de sa part !

Quels sont les metteurs en scène contemporains qui vous intéressent ?

Si j’ai bénéficié d’influence et d’inspiration je citerai Peter Brook et Antoine Vitez qui sont les deux metteurs en scène qui ont accompagné ma jeunesse quand je commençais à faire du théâtre et dont les spectacles m’ont bouleversé. Mais en ce moment je trouve le travail de Joël Pommerat très intéressant par exemple !

Pouvez-vous nous faire un résumé de la pièce George Dandin ?

George Dandin est une pièce de Molière, présentée comme une farce, mais qui est en même temps une pièce assez sombre. Elle raconte l’histoire d’un paysan enrichi qui croit qu’il va grimper sur l’échelle sociale en épousant une jeune fille noble qui, elle, est ruinée. Le mariage se fait, Dandin apporte l’argent chez les Sotenville et évidemment cela se passe très mal. La pauvre Angélique qui est en quelque sorte vendue à quelqu’un qu’elle n’aime pas, rêve d’un jeune homme de son âge. Dandin croit qu’en épousant Angélique il achète l’amour et surtout la considération de la noblesse, mais ce n’est pas du tout le cas !
Les trois actes sont les trois procès perdus par Dandin qui se retrouve confondu : c’est le mari confondu (sous-titre de la pièce). Une pièce assez sombre où à la fin Dandin dit qu’il va aller se mettre à l’eau ! Il a enfin compris : « Tu l’as voulu Dandin » c’est lui qui le dit. Ce sont les déboires d’un homme qui veut s’élever à un rang auquel il n’a pas accès.

Vous dites dans l’ouvrage que vous n’aimez pas le fait qu’il faille absolument créer un lien, une résonance avec notre société contemporaine pour justifier son désir de mettre en scène une pièce du répertoire classique, que vous préférez plutôt mettre en scène la pièce pour elle-même, sans justification forcée. Pouvez-vous développer ?

Ce qui me dérange c’est le fait de justifier le lien entre le passé et le présent, la légitimité à monter une pièce du répertoire classique, car elles ont traversé le temps, ce sont des chefs-d’œuvre, cela ne fait donc pas de mal de les proposer ! Notamment à un public qui ne les connait pas ! Car le public se renouvelle sans cesse. Par exemple quand je jouais Georges Dandin en 2016, il y avait des jeunes gens mêlés à des adultes, nés pour la plupart en l’an 2000 et qui ne connaissaient pas du tout la pièce. Ils l’ont donc découverte et rien que pour cela il y avait déjà une légitimité là-dedans, de faire partager le patrimoine. Si je le joue dans trois ans il y en aura qui seront nés en 2005 et qui ne connaîtront pas du tout la pièce et qui la découvriront et ainsi de suite…
L’autre chose, c’est dans le résumé de la pièce, c’est une histoire qui me touche, car on peut penser au mariage forcé ou arrangé qui existe encore aujourd’hui. Mais que ce soit le théâtre antique ou celui du XVIIème, il parle toujours de ce qui est d’actualité puisqu’il parle des comportements humains.

Vous parlez dans votre ouvrage de la vérité théâtrale, pouvez-vous nous en dire plus ?

Le théâtre c’est du mensonge. Le personnage qui dit « Je t’étrangle » puis l’autre qui répond « Ah ! Je meurs ! » c’est comme des enfants qui jouent, c’est du mensonge. Mais ce qui est intéressant c’est si les spectateurs croient que c’est vrai. C’est à cette condition-là, ce que préconise Aristote, si le mentir est vrai, s’il est dans l’instant, s’il n’est pas récité, que les spectateurs se sentent touchés, qu’ils reçoivent une chose qu’ils perçoivent comme vraie. En même temps, par cette instantanéité de l’action, par ce présent inventé et unique, ils sont forcément en état de se dire : « Que va-t-il se passer ? », leur écoute est donc augmentée et il y a comme un suspens qui se crée. C’est pour cela que je parle de vérité au théâtre : il faut être sincère dans le mensonge. Et c’est un art.

Comme nous l’avons vu tout à l’heure, vous avez beaucoup aimé les représentations devant le jeune public et les débats qui s’en sont suivis. Avez-vous l’impression que le théâtre se départit progressivement de son image élitiste et que le public se diversifie ?

En effet les représentations dans les théâtres publics sont « tout public ». Il y a un mélange d’adultes et d’enfants et je suis toujours partant pour les rencontrer avant ou après comme je l’ai fait à Verneuil, à Meudon… Je vais aussi dans les collèges et les lycées et je leur parle de Molière, du XVIIème siècle, de ses rapports avec Racine, Corneille, Louis XIV… : il y a tout un contexte que je leur rappelle ! Ensuite on parle de la pièce, je réponds à leurs questions et parfois on passe à l’acte ! C’est-à-dire qu’on fait des impros de situations, surtout s’ils ont déjà travaillé avant avec leur professeur.
Pour en revenir à l’image du théâtre, il y a tout d’abord l’appréhension d’aller au théâtre. C’est moins facile d’aller au théâtre qu’au cinéma : pour des raisons pratiques (on va au cinéma, on ne réserve pas…) et pour des raisons de forme artistique (le spectateur peut manger au cinéma par exemple, il n’y a pas de parasitage du point de vue des acteurs). La passivité du public au cinéma rend beaucoup plus facile la démarche d’y aller. Aller au théâtre c’est une action volontaire qui demande un désir et c’est moins facile : il y a le danger que les acteurs se plantent, il peut arriver des tas de choses car c’est un lieu de l’instant. Mais si on passe cette première appréhension on se retrouve actif. Le spectateur va regarder la pièce, il va entrer dedans puis tout d’un coup il va s’apercevoir que la lumière change, il va alors regarder les projecteurs, il va alors quitter la scène quelques instants ! Il est donc dans une situation très particulière. C’est peut-être de là que vient cette impression d’un cercle d’initiés mais il faut absolument casser cela. On n’empêchera jamais qu’il y ait un certain public pour un certain théâtre, parce qu’il y a aussi la reconnaissance que les spectateurs souhaitent et certains acteurs aussi, donc il existe des théâtres de genres différents où l’on ne rencontre pas les mêmes personnes. Mais moi ce qui m’intéresse, et c’est ce qui ressort du livre, c’est de jouer George Dandin à Saint-Brice-sous-Forêt ou à Montmorency devant une salle qui est remplie de gens tout simplement.

Quelle est votre actualité ?

Je suis en train de mettre en place le montage de Phèdre de Racine que je vais créer le 6 novembre 2018 au Dôme de Saumur. Je suis en train de mettre en place toute la production, en gros je revis tout ce que j’ai écrit dans La dandinnerie mais sur un autre projet.

Avez-vous en perspective l’écriture d’un autre livre ?

Evidemment j’en ai le désir et l’intention. Je ne sais pas encore de quoi cela parlera mais j’ai pris énormément de plaisir, puisque c’est un premier écrit conséquent que je fais, car j’ai déjà écrit des articles, des dossiers, j’avais fait aussi un scénario pour une bande dessinée pour Charlie Mensuel : j’ai un peu touché du doigt à l’écriture, mais c’est le premier livre que j’ai écrit. J’ai pris un plaisir vraiment très grand à le faire ce qui me fait penser que fin 2019 devrait être le début d’une nouvelle écriture.

Sera-t-il en rapport avec le théâtre ?

Je n’en sais rien, mais ça m’étonnerait que cela n’ait rien à voir avec le théâtre, parce que c’est ma vie.

Serez-vous avec nous au salon du livre ?

Oui et avec un très grand plaisir ! C’est génial j’en suis très content !

A lire aussi :

Chronique du livre

La dandinnerie
Christophe Huitorel

Christian Huitorel nous conte avec délice et érudition les joies et difficultés de la mise en place (et scène) d’une pièce de théâtre, ici le fameux « George Dandin » de Molière.

L’auteur, metteur en scène et comédien, nous offre un regard éclairant et humain sur le travail passionné que nécessite une telle entreprise en nous détaillant du début à la fin les affres du processus créatif, du casting aux représentations, en passant par les répétitions naturellement.

Une véritable aventure.

par Léa

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