Le Goût des Livres du 15 avril 2019

Nous avons été très heureux de recevoir hier soir deux nouveaux auteurs : Pascal DELOGE pour L’Homme perdu et Arthur BRAC DE LA PERRIÈRE pour La pierre intérieure.

Ce lundi 15 avril 2019, nous avons entamé le 5e numéro de la saison 6 de nos soirées Le Goût des Livres.
Comme il est de tradition, Bruno Géni-Ochin, notre maître de cérémonie, a fait découvrir la maison d’édition à nos nombreux invités avec notre clip corporate, puis "Le fil de LEA", notre vidéo dans laquelle défilent les couvertures de tous nos ouvrages.

Est venu le moment d’accueillir notre premier auteur à l’honneur, que M. Géni-Ochin présente ainsi :
"Cet HEC sait ce qu’il veut et ce dont il n’a plus envie. Il a soif d’entreprendre et participe à des constructions improbables : la stratégie d’une multinationale, quelque temps, puis une reconversion dans l’artisanat du bâtiment et, sur son chemin, des carnets de voyage en poèmes pour traverser les continents.
Il n’a pas peur de se lancer dans plusieurs ONG, à Paris ou à l’international, pour voir la diversité de la vie et découvrir les gens, ceux qui lui donneront le goût de s’engager dans des missions humaines. Il apporte ainsi son étonnement et s’enrichit d’émotions qui transforment son regard sur le monde.
En 2011, il crée son entreprise avec une vision engagée : sociale et écologique. Sept ans après, il dirige une équipe de plus de quarante personnes. Il poursuit sa volonté d’apporter sa pierre pour améliorer le monde, s’enracine dans le milieu fécond de entrepreneuriat à travers des actions pour aider les jeunes, et devient président d’une confédération artisanale pour développer et protéger l’artisanat, en un mot : résister.
Il ne se dit pas « artiste », même s’il en a l’esprit, mais il n’hésite pas à apprendre et expérimenter, car il veut toujours donner le meilleur de lui-même, pour lui, mais aussi pour les siens, ses quatre enfants, ses lecteurs, ses salariés, ses clients... Ainsi, ses lectures philosophiques le poussent à interroger le monde moderne.
Alors écrire était pour lui une évidence et une nécessité et, avec son dernier ouvrage, La pierre intérieure, il délivre un message fort qui ne laisse pas insensible, et pose la question : comment vivre dans le monde moderne ?"

Sous de larges applaudissements, Arthur Brac de la Perrière prend place. M. Géni-Ochin lui pose une première question : "Comment vous est venue l’histoire de La pierre intérieure ?"
"C’est une longue histoire, commence-t-il. Elle a démarré au lycée." Il raconte que sa professeure de philosophie de l’époque l’a beaucoup marqué, et qu’elle lui a fait découvrir cette philosophe, Simone Weil, qui a vécu l’expérience de travailler en usine. Quand il a commencé à travailler sur les chantiers, il a ressenti comme un lien avec cette philosophe.
Il explique également que, sorti d’HEC, il a travaillé dans des multinationales. Là, il a presque eu "un sentiment de nausée dans ce monde déraciné". Il a alors voulu revenir à quelque chose de plus humain et s’est lancé dans l’artisanat. C’est ces multiples expériences qui l’ont inspiré pour l’écriture de son roman. Il ajoute que le fait de parler de son récit avec sa fille de 12 ans l’a aidé : "Elle me disait "ça j’aime", "ça c’est nul" et c’est comme ça aussi que mon roman s’est construit !"

M. Géni-Ochin continue son interview : "Y a-t-il des éléments autobiographies dans votre ouvrage ?"
Arthur Brac de la Perrière, qui insiste sur le fait que son roman est une fiction, même si les lieux sont réels, reconnaît que certains éléments sont toutefois empruntés à son vécu. Par exemple, lorsqu’il travaillait dans une multinationale, il prenait des notes officieuses, qu’il a retrouvées des années plus tard et qui ont nourri sa réflexion d’aujourd’hui. Sa vie d’artisan l’a également inspiré, ce côté "artisan au bout du rouleau".
C’est aussi le fait de travailler au milieu des pierres qui lui a donné matière à écrire, puisque les vieilles pierres "racontent des histoires".
Enfin, il a fait vivre dans son roman une dame, son "ange gardien", aujourd’hui âgée de plus de 90 ans.

Puis, la question est posée du personnage principal de son roman. L’auteur explique : "C’est bien entendu Célyne et Gilbert. Mais le vrai personnage principal, c’est la statue d’un ange de pierre. Il ne parle pas, c’est un peu le principe d’une statue (rires), mais à travers le silence, les personnages ressentent des vibrations. Et finalement, il ne raconte pas mais fait raconter..."
Il en profite pour rajouter que son livre pose des questions telles que : comment résister au monde moderne ? Qu’est-ce que l’enracinement ?

M. Géni-Ochin invite à Arthur Brac de la Perrière à nous donner son sentiment sur l’approche des Editions Abordables. L’auteur, après avoir vivement remercié son amie Sandrine, grâce à qui il a rencontré la maison d’édition, raconte qu’il a directement apprécié l’approche de LEA avec "l’entretien d’embauche", nous dit-il en riant, qu’il a passé auprès de l’éditeur, M. Géni-Ochin. Il a aimé le fait que la maison d’édition recherche à la fois un livre et un auteur. Cela donnait tout de suite le ton de l’expérience véritablement "humaine" qu’il allait vivre. "C’est une belle aventure humaine", répète-t-il.
M. Géni-Ochin confirme qu’il a apprécié la collaboration avec M. Brac de la Perrière. Ce dernier termine en remerciant le travail qui a été fait par la maison d’édition pour aboutir le livre, les suggestions précises qu’il lui ont été faites et qu’il a trouvé pertinentes.

Enfin, qu’attend Arthur Brac de la Perrière de son public ce soir ? "D’être indulgent (rires)." Et il espère avant tout apporter de l’émotion à ses lecteurs !

Avant d’accueillir le deuxième auteur, nous faisons gagner un ouvrage de notre collection Emotion, La Vigne et le Vin, à un invité chanceux !

Puis, M. Géni-Ochin présente le nouvel auteur :
"Quand Pascal Deloge rencontra sa prof d’écriture pour la première fois, parce qu’il avait rédigé le 1er jet d’un premier roman, elle lui demanda : « Tiens, pourquoi enseignez-vous l’histoire ? ». La réponse tomba dans l’esprit du nouvel auteur comme un franc dans une machine à sous : pour raconter des histoires.
Spécialiste des rapports entre guerre et économie en Europe au XXe siècle, Pascal Deloge avait déjà publié Une coopération difficile (2000), sa thèse, L’Europe des coopérations économiques (avec David Burigana, 2010) ou Une histoire de la Fabrique Nationale de Herstal (2012), ainsi qu’une cinquantaine d’articles scientifiques. À l’aube du centenaire de la Première Guerre mondiale et ses colloques, il s’intéressait au sort des entreprises belges sous l’occupation allemande, de 1914 à 1918. De là naquit une interrogation : comment un petit patron résiste-t-il à un tel rouleau compresseur ? Ces personnages-là ne laissent aucune archive. Qu’à cela ne tienne ! Pascal Deloge y trouverait l’occasion de réaliser un vieux rêve : inventer une histoire, devenir libre.
Et de rêves, il en est question dans L’Homme perdu. Henri-Louis Chossard en avait un, mais il l’a abandonné au profit d’une impérieuse ambition familiale. Le roman raconte comment ce jeune industriel s’y épuise et se perd. Pourquoi mettons-nous parfois tant d’énergie à poursuivre des rêves étrangers voire toxiques ? Une expérience commune, sans doute, et derrière elle, la question existentielle du choix et de ses affres."

Et c’est sous les applaudissements que Pascal Deloge arrive sur la scène. M. Géni-Ochin commence par la même question : "Comment vous est venue l’histoire de L’Homme perdu ?"
Pascal Deloge explique qu’en tant qu’historien, il a "fait de sa passion son métier". En 2014, avaient lieu les événements pour le centenaire, et on lui a alors demandé de rédiger des articles sur les entreprises belges pendant la Première Guerre mondiale. Il s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup d’idées reçues sur cette situation, sur comment se seraient comportés les Belges. Il a voulu mettre au jour la complexité de la situation.
Et par ailleurs, ces événements passés l’ont évidemment pris aux tripes. Quand on sait que lors du 1er mois de l’occupation, tout, absolument tout, était contrôlé par l’occupant... Pascal Deloge nous raconte même un détail original : l’occupant avait interdit aux Belges de posséder un téléphone...et des pigeons.
Alors, il s’est posé la question : comment on s’en sort quand on est un petit armurier belge sous l’occupation allemande ? C’est ce qu’il a voulu raconter.

M. Géni-Ochin lui demande alors quel est le personnage principal de son roman. Pascal Deloge répond contre toute attente : "La guerre." Il développe : "L’Histoire doit être motrice. Il faut que l’Histoire fasse avancer la petite histoire. Nous sommes dans l’Histoire, nous vivons dans l’historique. Nous n’en avons juste pas conscience. C’est pareil pour mes personnages : ils ne sont pas plus conscients que nous, et pourtant..."
Il ajoute tout de même qu’il y a un autre personnage essentiel, Henri-Louis Chossard, le petit armurier de la Vestre. La guerre lui tombe dessus. Comment réagir ?
Et enfin, il y a Emilienne, la femme d’Henri-Louis. Pour Pascal Deloge, c’est "la seule héroïne positive. Les autres subissent. Henri-Louis ne sait pas choisir, alors qu’Emilienne avance, elle est actrice, jusqu’à la fin, lorsqu’elle subira les conséquences des choix de son mari."

Après cela, M. Géni-Ochin enjoint Pascal Deloge à nous parler de ce qu’il a écrit d’autre : des livres d’histoire. Mais l’auteur l’admet directement : écrire un roman, ce n’est pas pareil. En histoire, même si cela commence à s’assouplir, il y a une sorte de "religion des faits". Alors que, dans le roman, "ce qui compte ce sont les émotions". Il a essayé pendant deux ans d’écrire tout seul, puis a décidé "d’apprendre". Auprès d’auteurs belges, il a recherché de l’aide et a terminé l’écriture de son livre. Mais, lors de l’entretien téléphonique avec notre fondateur, on lui a dit : "il faut aboutir". Au début, il avoue que cette demande l’a laissé perplexe. "Au bout de 8 mois... j’ai fini par comprendre ce que ça voulait dire", dit-il dans un rire.

M. Géni-Ochin conclut avec sa dernière question : "Et demain ?"
L’auteur n’hésite pas : il sera fidèle à LEA. Il raconte qu’il nous a écrit en premier, qu’il a tout de suite accroché avec le côté "humain, échange, collaboratif". Il avait "vraiment le sentiment d’écrire à un éditeur", une personne. Le "dialogue était différent" et il en est "très reconnaissant".

Après cet interview qui a captivé nos invités, Pascal Deloge se lance dans une lecture d’un passage de son roman, lorsque les ennemis arrivent pour la première fois dans l’armurerie d’Henri-Louis.

C’est à la suite de ces échanges qui ont ému toute l’assemblée que nos invités sont descendus dans nos salons pour profiter du cocktail et faire dédicacer leurs ouvrages.

Merci à nos nombreux invités et à nos deux humbles et passionnants auteurs !

L'Homme perdu
Pascal Deloge

Dans sa jeunesse, Henri-Louis Chossard voulait voyager. Mais un autre rêve avait pris le dessus : il dirigerait l’armurerie familiale, et son fils après lui.

Août 1914. La Belgique est défaite. L’Allemagne s’impose. Henri-Louis est aux commandes de l'usine. Mais toute cette pression chaque jour, chaque nuit. Et le rêve des Chossard qui lui meurt entre les mains. Où est le cap ? Comment choisir ? Reste-t-il seulement quelque chose à choisir ? Où est l’Amérique ?

La pierre intérieure
Arthur Brac de la Perrière

Le monde moderne épuise les déracinés. Célyne mène une vie trépidante à Paris, et rien ne semble pouvoir l'arrêter, sauf peut-être cette rencontre avec une mystérieuse statue dans la Creuse. Gilbert, lui, est un artisan tailleur de pierre. Il aime son métier et lit le monde à travers les vieilles pierres.

Lorsque Célyne et Gilbert se rencontrent, deux mondes éloignés se découvrent, à la recherche de leur chemin de vie et de leur pierre intérieure...

par Clémentine

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